Depuis plusieurs semaines, le printemps traine et se montre façon « dent de scie »: un pas en avant, 3 pas en arrière…

Les gelées tardives matinales font frissonner les arbres en fleurs. Les rayons de soleil des petits matins colorent d’une lumière dorée mes bottes de foins et traversent les feuilles naissantes des pommiers. Les pétales de fleurs des cerisiers parsèment les seaux d’eau des chèvres comme une neige tardive. Les douces feuilles velours de cognassier nous caressent le visage. 

Il y a quelques semaines, aux premières après-midi chaudes, je pouvais jouir d’un ballet surprenant : les hirondelles faisaient les allers-venues juste aux pieds des auges des chèvres. En les observant bien, je les voyais chiper les infimes petits brins de foins tombés par terre pour confectionner leurs nids. Et juste après, elles allaient se gaver de boue dans les flaques d’eau entretenues par les seaux que je vide tous les matins.

Les oiseaux chantent à plein tubes au lever du jour: le pic vert fait les grands travaux sur le vieux noyer, les mésanges, roitelets, tourterelles et pigeons ramiers se livrent à des vols endiablés, le coucou nous étonne à chaque fois, surtout quand la monnaie n’est pas dans la poche et le merle fait ses multiples gammes.

Tous les matins, je suis comblée d’amour à n’en plus finir : avant de manger lorsque je sors pour nourrir les chèvres, Lucky se rue sur moi. Lorsque je suis en retard, il m’attend à la porte. Il se rendormirait facilement sous les caresses. Puis, plusieurs dizaines de voix m’acclament lorsque je me pointe pour commencer à nourrir. J’ai l’impression d’avoir des fans. C’est assez rassurant, pas besoin de plus de notoriété pour assouvir un éventuel manque d’amour !

 

Les légumes de printemps reviennent égayer les assiettes.  Les petites récoltes opportunistes peuvent commencer. Et quelques semis bien tardifs de fleurs m’ont enjoué : capucines, zinnia, lin, cosmos.

 En ce printemps, on apprend encore des tonnes de choses :

On apprend avec patience à dresser un chien de berger : j’ai commencé avec plaisir mes jours de formation avec Lucky. Il commence à bien répondre au rappel et à plusieurs ordres. Son attachement grandit envers nous : il ne dort plus beaucoup dans sa niche mais au pied de notre porte. Il a clairement un maitre référent (moi, moi, moi !!!!!).

On apprend à gérer un chantier : la construction du bâtiment a commencé. Le stress. C’est pas comme si c’était inné. Un chantier demande finalement beaucoup de logique et d'anticipation. Il faut aiguiser cela dans nos petits cerveaux !

 

On apprend à cultiver une nouvelle culture de printemps: la féverole. Une inconnue pour nous ! Une légumineuse que beaucoup d’agriculteurs délaissent. Les conventionnels l’abandonnent de plus en plus car il n’y a quasiment plus d’insecticides autorisés pour les secourir. Et cette culture est appréciée des insectes. Les autres sont écœurés  du risque lié à la sécheresse. En effet, la féverole est hyper sensible au sec quand il arrive pile au moment de la floraison. Un désastre au niveau du rendement. C’est comme jouer au loto et on peut perdre gros car la semence est très chère. En bio, elle est aussi difficile à désherber avec les outils mécaniques. On croise les doigts pour notre première. Mais les fleurs de féveroles sentent tellement bon…

On apprend à cultiver une nouvelle culture d’hiver : le petit épeautre. C’est assez marrant, il monte en épis très très tard et il laisse donc le temps à toutes sortes de mauvaises herbes de prendre le dessus. Cette céréale nous a demandé quelques heures de désherbage manuel comme le champ est riquiqui. C’est toujours l’occasion d’observations d’insectes incroyables. Je ne pensais pas avoir dans mes champs une telle diversité de punaises, toutes en cours d’accouplement en plus !

On apprend à soigner les malades et à rester attentif au moindre signe. 

On apprend à ne pas beaucoup dormir.

On apprend à enfouir ses milliers d’idées coutures.

Alors, le matin, mon surplus d’amour, je l’apprécie. C’est ma mise en bouche avant mon petit déjeuner. Au premier pied dehors, la journée n’est pas défilée. Elle commence par la même chose : plein d’attention et nourrir tout ce petit monde avant nous!

 

Le soleil matinal sur les chèvres.