Au printemps, il y a eu la fin des naissances : 68 chevreaux nés sur la ferme, une bonne cadence pour une première année  et de belles émotions avec les mamans.

Il y a eu des étonnements sur la capacité d’adaptation de nos chèvres, leurs comportements si humains, et la confiance qu’elles ont en nous. Le choix d’élever des chèvres n’a jamais été regretté, leur attachement est incroyable, ce sont des accroches cœur géniaux.

Il y a eu des flottements, des doutes sur certains principes de l’élevage, liés au contexte agricole entre autres.

Il y a eu le lancement de la fromagerie, intense. Des heures de travail auxquelles je m’attendais (4 à 5 heures toute seule, tous les jours) mais que lorsqu’on les fait réellement, sont dures à avaler au début. Des heures où je peux facilement ruminer et craquer parfois. Des heures où l’on apprend son produit, à tâtons. Et des heures de commercialisation ensuite. Gloups.

Il y a eu des satisfactions et des clients revenus contents, après ces heures de travail…(petites victoires).

Il y a eu de bonnes réflexions sur le travail et des grosses remises en questions.

Il y a eu un soutien mutuel au sein de notre couple…nous sommes tellement plus forts à 2. Et un soutien de mon père et des compliments de sa part... (petite victoire).

Il y a eu un soupçon de couture, ressourçante et un peu de lecture, apaisante.

Il y a eu de la fatigue accumulée et des nuits cauchemardeuses. Je me suis sentie vieillir de façon accélérée.

Il y a eu un verger de variétés anciennes, planté sous l’impulsion de mon homme, j’espère avoir le temps de vous en parler car les noms de variétés font réver.

Il y a eu une déception car je n’ai pas pu planter tous mes plants de fleurs préparés cet automne, pour notre nouveau jardin fleuri. Quelques-uns ont été sauvagement plantés, à la hâte mais dans des lieux complétement inappropriés, histoire d’en sauver certains. La difficulté est toute simple : notre terre si argileuse est ultra difficile à gérer, notre site est en mouvement constant, traversé par des tracteurs parfois…ma déception est plus dans l’idée : mes jolies fleurs vont-elles trouver leur place ? Je l’espère car c’est pour moi ultra apaisant de faire un bouquet et j’ai hâte de voir un peu d’espace sauvage dans toute cette rigueur quotidienne!

Grosso modo, ce printemps m’a donné une claque. J’ai d’un coup réalisé que notre projet, celui qui répondrait exactement aux valeurs que nous souhaitions mettre en œuvre, l’idéal de vie recherché… mettrait plusieurs années à se réaliser avec beaucoup de fatigue, physique et morale sur notre chemin. Allons-nous nous décourager sur la route… ?

 

Les jours du printemps ont défilés à toute allure, sans relâche…. et d’un coup sans prévenir, je me suis rendue compte que l’été était arrivé ! La chaleur, l’odeur des foins mélangée à celle de mes biques, les buses qui chantent au-dessus du bois au loin tous les matins, le stress de la moisson s’est fait plus doux, les caresses à mes chèvres quotidiennes apaisantes….